Ces articles et échos sont parus en général dans la Vie Protestante Genève, dans des bulletins de paroisse, ou dans des rapports d'activité.
Pour des jeunes des paroisses Jura-Lac et Rhône-Mandement
Un beau voyage de solidarité et d’entraide au Burkina Faso
Après plus d'un an et demi qu'on entend parler de ce voyage, voici enfin venu le jour de notre départ.
Mardi 10 juillet, nous sommes 15 (14 jeunes et le pasteur Jean-Michel Perret) à l'aéroport de Genève avec
430 kilos de bagages spéciaux (ordinateurs, frigo, chaise roulante, etc.). Tout cela joliment empaqueté
dans des cartons. Maintenant, reste à savoir si on va nous laisser passer avec tous ces cartons et s’ils vont
arriver en bon état. Miracle, avec l'aide d'un bagagiste de l'aéroport, tous nos cartons sont passés et 15
heures plus tard, on les récupère tous à l'arrivée à Ouagadougou, Ouaga en abrégé, la capitale du Burkina
Faso. C'est parti, notre aventure peut enfin commencer.
Depuis Ouaga, après une halte à la boulangerie et au bureau de change, nous voilà partis pour la ville de
Bousé, au nord-ouest de Ouaga à 55 kms environ. Lieu où nous sommes attendus ainsi que les ordinateurs.
Nous nous y rendons avec 2 minibus, nous avons bien assez de place. Une fois arrivés, nous faisons
connaissance avec notre hôte et notre hébergement pour nos 6 prochaines nuits.
Petites huttes, une maison, douches et WC à l'extérieur, à l'africaine (un bidon et un trou). Ceci est parfait.
Nous sommes très bien accueillis. Du mercredi au samedi, nous visitons (dispensaire, élevage d'animaux,
lieux importants, églises, etc.) les environs du village avec notre hôte et nous profitons de faire la sieste
(très longue) à l'ombre sous des arbres pour éviter la chaleur. Le samedi matin, c'est le moment de la remise
officielle du matériel. Pour ceci, nous n’allons pas directement au lycée technique, mais nous nous
rendons au restaurant de l’un des gérants de ce lycée. En plus des membres de notre association, il y a
aussi des représentants des associations sur place et le préfet de la province de Bousé. Il y a aussi des habitants
du village qui sont présents afin d'être au courant de l'avancée de ce projet.
La remise se passe bien, même si on sent le préfet un peu jaloux, car lui-même ne possède pas du si bon
matériel informatique. Une fois la cérémonie terminée et le verre de l'amitié partagé, nous nous rendons
enfin au lycée technique de Bousé. Et là, inutile de vous le cacher, tout notre groupe est déçu. On s'attendait
à voir un lycée pratiquement terminé avec l'électricité et le toit, mais non rien de tout cela. Il y avait
seulement les murs du bâtiment et rien d'autre. Bienvenue en Afrique, cela nous a un peu démotivés et le
doute sur l'avancée de ce projet à commencé à grandir.
Mais le lendemain, notre motivation et notre émotion étaient de retour. En effet, dès 8h du matin, nous
assistions au culte de l'église catholique de Boussé, avec une assemblée de 300 personnes environ. Des
chants, des danses, une ambiance extraordinaire, même que si les cultes à Genève se passaient tout le
temps comme cela, il n'y aurait pas assez d'églises ni de temples... Après 4 heures de culte, un message de
Jean-Michel et des témoignages de jeunes, place à un grand repas pour les enfants orphelins qui fréquentent
cette église. C'est vous et nous qui avons sponsorisé ce repas et nous avons partagé ce moment à plus
de 300... Quel beau souvenir!
Lundi matin, après avoir récupéré de nos émotions du weekend, nous voilà partis pour visiter la mare aux
crocodiles sacrés, rien d'extraordinaire et surtout très touristique, dommage.... L'après-midi, nous sommes
allés visiter un éleveur de poulets et nous avons mis sous couveuses 200 oeufs... en espérant qu'ils ont tous
éclos.
Le mardi matin de bonne heure, ce fut le départ pour Fada N Gourma, tout à l'est du Burkina. Autant vous
dire que la traversée fut longue. Après 7 heures de route, nous voilà arrivés pour notre deuxième projet.
Nous sommes accueillis par une superbe équipe (frères et soeurs d'un certain Momo de Bellevue), et ils
ont loué une maison pour nous recevoir. Ici, on change de standing, eau courante, WC et douches à l'intérieur
dans une salle de bain. On n’en demandait pas tant. Une fois installés, nous sommes allés visiter
l'école, dont nous voulions participer à la construction.
Une fois la visite terminée, nous étions bien plus rassurés qu'à Boussé, car l'école était bien là et construite
et dès le lendemain, nous avons commencé à construire le mur d'enceinte et la fosse septique de
cette école. Mercredi matin, avec une forte motivation, nous nous sommes rendus sur le chantier. Après
un tour d'aiguille à nos montres, les Burkinabé sont arrivés pour la suite des travaux. Et là, pendant 4
jours en se relayant, nous avons fabriqué des briques pleines ou creuses, acheté du fer, du ciment, des
cailloux, etc., cassé des pierres et remué la terre avec des pioches. Bref, nous étions actifs le matin de 8h à
12h et le soir de 15h à18h. Il y avait une superbe ambiance, avec les personnes de l'association Yankadee
(musiciens qui récoltent de l'argent pour la construction de cette école). Le soir, on profitait de chanter et
danser avec eux et de visiter la ville de Fada.
Le vendredi soir, nous sommes même allés assister à l'émission Faso Académie (style de Star académie
burkinabé), car l'une des soeurs de Momo était sur scène. Nous avons passé notre dernière soirée à faire la
fête avec eux, pour nous remercier de notre aide, malheureusement un énorme orage a coupé court nos
festivités. Le dimanche matin avant notre départ, nous sommes allés à l'église, le culte fut moins animé et
long que le premier, mais ce fut tout de même très sympa. Et nous avons aussi partagé un repas avec la
communauté. Puis nous avons repris la route pour Boussé avant notre prochaine étape (afin de ne pas
faire trop de kilomètres).
La dernière semaine a été différente des deux autres. Le lundi matin, nous avons pris la route en direction
de l'ouest, soit Bobo et Banfora. Ce fut une semaine plus touristique, avec des visites telles que les pics
de Sindou, les cascades de Banfora, un village troglodyte, le vieux quartier de Bobo et la veille mosquée
de Bobo, et j'en passe. Bref, nous avons fait 2 nuits dans un campement à Tancreda, près de Banfora et 2
nuits dans un hôtel très chic à Bobo, le luxe. Puis nous sommes rentrés une nuit à Boussé et les deux dernières
nuits de notre voyage, nous les avons passées à Ouaga. Une semaine vraiment tranquille et magnifique
surtout. Durant la totalité de notre voyage, nous étions accompagnés d'un chauffeur-guide très expérimenté,
qui nous a bien fait découvrir le Burkina.
En conclusion, ce fut un très beau voyage, tous ceux qui ne connaissaient pas l'Afrique centrale ont été
heureux de la découvrir, nous n'avons pas eu de maladie grave, que des petites bricoles... Une très bonne
ambiance dans le groupe, même si parfois on a ressenti la différence entre l’Afrique et l’Europe (chaleur,
tranquillité, sécurité, etc.).
Deux très beaux projets qui demandent un bon suivi dans le futur, afin de ne pas les laisser couler et continuer
à avoir confiance. Merci à vous tous et toutes qui nous avez permis de partir à la découverte de ce
pays et vivement une soirée de retrouvailles et de récits pour vous raconter tout cela de vive voix, si ce
n'est pas déjà fait.
Jean-Christophe Abel, président association Espoir Burkina Genève, paru dans le bulletin de paroisse des 5 Communes
Voyage au Burkina Faso, été 2012, paru dans la VP Genève
Titre : Voyage humanitaire des jeunes en Afrique, entre espoir et déception
Chapeau :
Du 10 au 30 juillet dernier 14 jeunes de 17 à 27 ans et le pasteur Jean-Michel Perret se sont rendus au Burkina Faso, après avoir une année durant récolté des fonds auprès des privés et des communes genevoises. Récit à la première personne.
Il est cinq heures du matin ce 30 juillet dernier quand le douanier demande dubitatif : - Résidence Razoughou à Boussé ? - Nous y avons logé dix nuits, vous ne connaissez pas ? – J’y étais gendarme, jamais entendu parler. –Se pourrait-il qu’on l’ait inventée pour nous ? Le douanier, hilare, tape sur l’épaule de son collègue, me rend mon passeport et me dit : « Bon retour Monsieur ». Dans l’avion, les images du voyage défilent dans mon esprit, avec cette question : Qu’est-ce que la réalité au Burkina Faso ? Nous avons amené du matériel informatique à hauteur de 8000.- pour un lycée technique qui devait ouvrir en octobre 2012, nous nous trouvons face à des murs sans fenêtres, ni portes, ni toit, après avoir remis les ordinateurs dans un restaurant sans doute ouvert pour notre venue, sans enseignes ni clientèle. Les jeunes souhaitent aider de tout leur cœur et de leurs mains, mais il n’y a juste rien à faire. Notre hôte nous a conduits quatre jours durant d’un centre avicole à une exploitation agricole en passant par un dispensaire, tous établissements soutenus par des projets de coopération. Mais le lycée technique n’ouvrira ses portes que si nous le soutenons à notre tour, alors qu’il devrait être prêt. Le culte partagé avec l’assemblée Moré de Boussé vient heureusement égayer notre séjour, le premier chant de quarante minutes entonné par plus de trois cents personnes entraine le groupe dans une danse joyeuse et envoutante. Les pasteurs du lieu me partage leur conception de la bénédiction, avant tout matérielle, mais le repas qui suit, offert par nos soins, est apprécié par tous, c’est un temps émouvant au contact de la population locale. Nous vivrons à Fada N’gourma un second culte avec repas dans une communauté plus petite mais aussi chaleureuse. Fada N’gourma, c’est le fief d’Empereur Bissongo, vieux bluesman polygame à la descendance mi-chrétienne mi-musulmane. Maria, sa fille, sera notre cuisinière mais surtout elle nous invitera à venir l’écouter le vendredi soir à l’hôtel de ville. En fait, c’est la Star Academy locale qui passe par Fada pour des sélections, et Maria s’y produit en ouverture et en clôture de la soirée. A notre venue, la police nous libère des places faisant lever des enfants mais aussi des adultes. Première tension dans le groupe : faut-il accepter ou refuser ? La plupart des jeunes resteront debout, d’autres se pliant aux coutumes locales s’asseyant finalement tout devant, bien en vue à la télévision nationale. Notre chanteuse entonne en clôture une chanson intitulée « Jésus », témoignage d’espérance chrétienne à une heure de prime-time, il n’y a pas de séparation entre sphère religieuse et sphère publique. Le chantier du mur d’enceinte d’une école démarre à notre venue, deux tonnes de ciment sont tractées par quatre adolescents tirant autant de carrioles en courant sur plusieurs kilomètres, par 38 degrés à l’ombre. Un maçon forme les jeunes à la fabrication de briques en ciment, le mur se monte quelque peu, le groupe se détend. Un match de football improvisé oppose les blancs aux Burkinabés, dans la bonne humeur. Nous voyons quelque chose de concret de notre action. La pluie mettra un terme prématuré au concert privé qu’Empereur Bissongo nous offre avec plusieurs musiciens le dernier soir. Le lendemain nous partons pour l’Ouest du Burkina, afin de faire un peu de tourisme, à Bobodioulasso pour sa vieille mosquée et son vieux quartier, et aux chutes d’eau de Baphora où nous pourrons nous baigner. Les pluies ont rendu certaines pistes impraticables, mais nous arriverons à bon port. Le séjour devait se terminer par la célébration du mariage coutumier de notre correspondant local, malheureusement l’information du lieu ne nous parviendra que bien plus tard. Sans doute notre mécontentement face aux approximations constatées à Boussé ont tendu les relations, à l’extérieur mais aussi dans le groupe, et le climat éprouvant ajouté aux trois semaines de camp ont épuisé les organismes. On ne rentre pas d’un voyage en Afrique comme on est parti, mais c’est sans doute là le signe d’un voyage réussi parce que formateur, au contact d’une réalité d’autant plus complexe qu’elle nous est étrangère.
Voyage d'automne 2011 à Assise, Pérouse, Ravenne...
Durant les vacances d’octobre dernier une équipe de jeunes de la région s’est mis en route en direction d’Assise et de Ravenne en Italie. Après une nuit un peu frisquette passée au centre de rencontre « Poggio Ubertini » près de Florence, la fière équipe s’est dégourdie les jambes en visitant le chef-lieu toscan profitant de l’accalmie du trafic le dimanche. Pérouse puis Assise en Ombrie ont plongé le groupe en plein moyen-âge, mais c’est véritablement dans l’église Saint François et face aux fresques de Giotto que le voyage a trouvé pleinement son sens. Malgré les tremblements de terre qui ont endommagé certaines fresques, le poveretto continue d’émouvoir et de rassembler dans son rayonnement non seulement les chrétiens de différentes confessions, mais toutes les personnes désireuses de paix. Le lendemain de notre départ pour Ravenne le pape Benoît 16 tenait à Assise une rencontre entouré de trois cents dignitaires religieux. C’est dire si la figure de saint François est véritablement universelle, et l’expérience que le groupe a faite va effectivement dans ce sens. Echappant de peu aux inondations et glissements de terrain notre groupe a pris ses quartiers pour deux jours à Ravenne, véritable capitale du paléo-christianisme. Les mosaïques du 6e, voire du 5e siècle n’ont pratiquement pas d’équivalent sur la planète, et les jeunes y ont été particulièrement sensibles. Illustrant des scènes bibliques en grande partie, les églises de Ravenne sont un véritable catéchisme à chœur ouvert, et il faut bien une demi-heure voire une heure par église pour en mesurer un tant soit peu la splendeur. Accompagné de l’animateur pastoral catholique Sandro Iseppi et du pasteur Jean-Michel Perret, le groupe a terminé son périple dans les rues de Bologne l’opulente, profitant de la gastronomie locale et des arcades qui bordent les rues du centre historique. Une ambiance détendue durant deux mille kilomètres, c’est un privilège qui peut encourager les paroissiens à se consacrer un jour au travail parmi les jeunes. Les jeunes vous le rendent bien.
Voyage en Israël à Pâques 2011
Voyager en Terre Sainte avec un groupe de jeunes n’est pas anodin : sous la riche histoire des lieux saints affleure la dure actualité d’une terre partagée. Mais c’est dans la confrontation au conflit que les messages de paix prennent pleinement leur sens.
«Dieu ne tue pas». Cette dédicace d’Elias Chacour, évêque melkite de Galilée et grande figure de la paix, est inscrite dans chacun des 21 livres Frères de sang remis aux participants « post-KT » du voyage de Pâques dernier en Israël. Deux heures durant, dans son évêché de Haïfa, le vieux lion d’Ibillin, fondateur d’une école qui compte aujourd’hui plusieurs miliers d’élèves chrétiens, juifs et musulmans, a appelé à un changement de regard de l’Occident sur la question arabe et palestinienne en particulier, trop souvent amalgamée au terrorisme. «Dieu ne tue pas», ce pourrait aussi être la conclusion du livre du prophète Jonas qui découvre en terre «ennemie», l’Assyrie, que le projet du Créateur n’est pas la destruction, mais la survie de tous les peuples de la Terre.
Israël, peut-être plus que partout ailleurs, est le témoin millénaire de cette quête jamais acquise, au point qu’on peut se demander s’il est judicieux de se rendre aujourd’hui encore en voyage au Proche-Orient. Pour Fanny, de Meyrin, «oui il y a de grandes injustices, non il ne règne pas un climat de paix, mais ce voyage en vaut la peine car ce n’est pas juste une question de territoires, mais quelque chose de plus complexe et profond. La rencontre avec des gens qui ne veulent que la justice et la paix donnent une autre image: Israël comme terre d’espoir d’une paix nouvelle et non comme une terre à feu et à sang». Cet enthousiasme se retrouve aussi chez Sarah, de Vernier, pour qui «Israël est un lieu où les chrétiens, les juifs et les musulmans se retrouvent pour prier leur Dieu. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de ces communautés, j’ai eu l’impression de les comprendre».
Pour de nombreux jeunes, Israël a été une grande découverte. « Ce pays a mauvaise réputation à cause de sa situation géopolitique, mais pourtant, c’est un pays rempli de paysages magnifiques et d’une grande richesse culturelle », s’exclame Sonja, étudiante en Sciences politiques à Genève. Les levers de soleil et les sites «bibliques» qui bordent le lac de Tibériade imprègnent la mémoire et entrent en résonnance avec ce qu’on imagine de l’époque de Jésus. Mais derrière cette image d’Epinal une réalité plus douloureuse n’a pas tardé à se faire voir: «A Jérusalem, ce qui est frappant c’est le mur et surtout ce qui est derrière celui-ci. Quelques mètres après le checkpoint, on découvre la Palestine. On se croirait dans le tiers-monde, alors que cinq minutes plus tôt, on se trouvait dans un pays développé, proche des standards européens». De la terrasse du monastère où nous logeons à Jérusalem, on domine la vallée du Cédron. Par dizaine, des maisons palestiniennes collées les unes aux autres peuplent cette vallée de Jérusalem Est, à l’exception de trois demeures surmontées de miradors et du drapeau israélien. Depuis deux ans des colons se sont imposés en plein quartier arabe, armes au poing, et sèment la terreur alentour. Nous les retrouverons au mur des Lamentations, toujours armés, malgré des contrôles de sécurité digne d’un aéroport. La dévotion religieuse si ostentatoire en ce lieu côtoie la violence latente de celui qui vit en permanence sous la menace. Le discours de paix entendu à Haïfa prend soudain de la consistance, on devine le prix humain à payer pour s’y tenir.
Se rendre en Israël est possible, mais comme le dit Jean-Christophe, du Petit-Saconnex, «à la condition de garder son esprit critique et de ne pas se laisser emporter par l’ampleur de la symbolique de tous les événements.»
Note : A recommander, le superbe ouvrage « Terre Sainte, les premières photographies » paru en 2010 chez Bayard, issu des collections des Augustiniens notamment de Saint Pierre en Gallicante.
Echos du camp intergénérationnel d’octobre 2010 en Sardaigne
Le samedi 23 octobre une trentaine de jeunes de 15 à 22 ans descendent en minibus de Genève à Livourne pour embarquer sur un ferry pour la Sardaigne, tandis que 15 adultes âgés de 35 à 83 ans voyagent en avion. Le dimanche près de cinquante personnes sont réunies à l’agritourisme don Lucifero d’Orosei, du nom d’un saint Sarde du 4es après J-C, qui est aussi le prénom du grand-père de Mario Satta, époux de Lucia Porciu, propriétaires du domaine de 14 hectares aux centaines d’oliviers et d’amandiers, situé à deux kilomètres de la mer. Après une après-midi de repos et de baignade dans une mer un peu fraiche, nous faisons connaissance entre jeunes et adultes tout en évoquant un point positif et un point négatif vécu depuis le début du voyage. La nuit sur le ferry remporte les suffrages des jeunes, les points négatifs sont quasi absents, hormis le retard au départ de Genève dû à une panne de batterie. Deux nuits régénératives et des levers à 8h00 nous permettent de récolter lundi et mardi près d’une tonne d’olives, avec le recours laborieux d’un bras mécanique secouant les oliviers. La récolte au peigne ou à la main pratiquée avec une patience étonnante par les jeunes et quelques adultes ont complété mardi le travail des ouvriers agricoles, car la machine est tombée en panne. Cette année les olives sont particulièrement belles, présage d’une huile biologique de qualité exceptionnelle. Les repas en commun, préparés sous l’impulsion d’Helga Walter et d’Eliane Fischer, permettent l’échange entre génération. La pratique du chant à quatre voix, qu’il soit sarde, gospel ou datant de la Réforme, complètent ces journées bien remplies, et grâce aux compétences des chefs de chœur Claude Delabays et François Mützenberg les progrès sont réels et la qualité d’attention et d’intonation véritablement encourageants. La soirée de lundi permet à Jean-Michel Perret d’aborder une première fois le thème du Jardin via le récit d’Adam et Eve en Genèse 2-3, ainsi que le chant « Le paradis perdu », devenu le véritable hymne du camp. Mardi soir c’est le Cantique des cantiques, dans la traduction d’Edouard Dhorme tirée de la Pléiade, qui prend vie par le travail de 6 petits groupes pour autant de chapitres. Le théâtre, la narration, la réécriture en langage actuel de cet hymne poétique à l’amour humain, traité ici comme une réponse à la sévérité du récit d’Adam et Eve, donnent à cette soirée des instants d’émotion rare, le regard plein de sagesse et de légèreté des ainés complétant avec bonheur l’enthousiasme et la vivacité des jeunes. Mercredi matin c’est l’évocation de la promesse d’un désert appelé à reverdir au chapitre 35 du livre d’Esaïe qui nous encourage, avant que le groupe ne sacrifie au rituel de l’achat des cartes postales et souvenirs au village d’Orosei. L’après-midi est consacré à la visite d’un nuraghe près de Dorgali, vestige d’une civilisation propre à la Sardaigne présente de 1500 à 500 avant notre ère, ainsi qu’à la baignade dans une eau de plus en plus fraiche. Une heure de chant choral précède la soirée à la pizzeria quasiment réquisitionnée pour notre groupe. Jeudi matin un lever un peu plus tardif suivi d’une méditation sur la figure ludique et enchanteresse de la Sagesse au chapitre 8 du livre des Proverbes mettent sur les rails la journée de marche dans un parc naturel entre pinèdes, collines et criques féériques : « mais on ne l’a pas perdu le paradis, il est ici » est une phrase entendue, avant que la température de l’eau ne modère quelque peu cet enthousiasme initial. En fin d’après-midi, une répétition de chant choral ressource encore un peu plus le groupe, suivi d’un repas festif en présence de Mario et Lucia. Les olives ont déjà été pressées, chaque participant se voit remettre une petite bouteille d’huile après l’évocation par Mario d’une adoption réciproque entre ces protestants venus de la rive droite de Genève et ces deux retraités catholiques qui ont pour ambition de pratiquer une agriculture respectueuse de la Création. Des mimes sur des thèmes de la semaine, la danse de la Macarena ainsi que des jeux menés avec brio par les jeunes post-kt terminent à une heure tardive cette dernière journée complète en Sardaigne. Vendredi matin une dizaine d’adultes quittent le camp pendant que les jeunes profitent d’une dernière répétition de chant gospel. Une fois les bagages et deux cents litre d’huile chargés dans les minibus, en route pour une deuxième nuit sur le ferry. Un petit-déjeuner face à la tour de Pise et un retour à Genève vers 17h00 le samedi ont clos cette troisième édition d’un camp unanimement apprécié. Un grand coup de chapeau aux personnes précédemment citées, et surtout à Jean-Christophe Abel, Maurice Amato et l’équipe des post-kt qui se sont engagés sans compter.
Voyage à Chypre à Pâques 2010
D’un mur à l’autre
Il est 19h00 ce mercredi 31 mars quand le groupe de 18 jeunes des régions Jura-Lac et Rhône-Mandement se met en route le long d’un lac salé qui jouxte l’aéroport de Larnaca, point d’arrivée et de départ de cette semaine de Pâques passée à Chypre. Le mausolée musulman Hala Sultan entouré de cyprès et de palmiers étant fermé, la balade nous mène à une colline escarpée du haut de laquelle on voit un coucher de soleil féérique sur les montagnes du Troodos. Spontanément, Jeremy et Simon, 18 ans, entonnent de mémoire le chant « Marche en ma présence ». Le groupe reprend en chœur le refrain, puis les couplets, puis d’autres chants. Pour Vanessa, c’est « l’instant qui restera dans la mémoire de chacun : l’attente d’un coucher de soleil, admiré par tous, en haut d’une colline accompagné de chants appris tout au long de ce périple inoubliable ». Il est manifeste que quelque chose a passé durant cette semaine, qui justifie aux yeux des accompagnants les moyens mis en œuvre pour ce onzième voyage en cinq ans. Pour Jean-Christophe, « si Chypre est un tout petit pays, les découvertes faites sont gigantesques. Voir une cathédrale ça impressionne, mais voir une cathédrale flanquées de minarets, c’est plus qu’impressionnant ! » Chypre compte en effet de superbes églises gothiques, vestiges des Lusignans, qui sont devenues en partie des mosquées suite à l’invasion des Ottomans. La cathédrale-mosquée Sainte Sophie dans la partie turque de Nicosie nous dévoile son intérieur aux murs blanchis, un sol couvert de tapis, des croisillons de bois en lieu et place de vitraux : métissage étonnant de traditions religieuses qui n’est pas sans évoquer finalement la sobriété des temples protestants, les bancs en moins peut-être. A Famagouste, le sycomore d’Etienne de Lusignan, planté en 1299, trône sur le parvis d’une cathédrale comparable à celle de Reims, où les rois croisés de Jérusalem étaient couronnés, avant de devenir lieu de culte musulman. C’est dire qu’à Chypre l’Histoire vous saute au visage, rappelant au visiteur que rien n’est immuable. « L’apôtre Paul est passé par Chypre, il nous a laissé de magnifiques vestiges ! » s’enthousiasme Jean-Christophe, après avoir parcouru les dédales des cités romaines de Paphos et Salamine. Mais pour accéder à Salamine, au Nord de l’île, il faut montrer patte blanche : « Voir un mur dans le même pays, des check-points pour passer de la partie Sud au Nord, c’est effrayant, mais malheureusement c’est la réalité» rappelle Jean-Christophe. Nicosie, dernière capitale divisée au monde, porte les stigmates des affrontements de 1973 entre armées turque et grecque. Les Casques Bleus de l’Onu patrouillent dans la zone interdite, la tension y est encore manifeste. Aux paysages splendides des côtes de Kyrenia et d’Agia Napa ont succédés les barbelés et les sacs de sable, à quelques kilomètres de distance. Le hasard a voulu que l’hôtel et le restaurant voisin trouvés par les jeunes chauffeurs Eric et Cédric, soient tenus par des Palestiniens chrétiens, établis de longue date à Chypre. L’accueil royal que ces frères ont réservé au groupe a illuminé nos soirées à Nicosie, témoignant de la chaleur humaine de ceux qui connaissent la souffrance de nations divisées, scindées par des murs. Les mezzes libanais, succulents, défileront deux soirs de suite sur les tables, entrecoupés de plats palestiniens, et d’un dessert offert à tous par le patron pour les 25 ans de Cédric, pour une addition revue à la baisse. D’un mur à l’autre, mais le cœur grand ouvert.
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